Nation, Mondialisation, Europe.

 

Le référendum a montré la permanence, au sein du PS, du clivage entre une parole intérieure de gauche et un comportement de dépendance à l'égard du capital mondialisé. Tant que cette dualité caractérisera les dirigeants de cette formation, il me semble qu'aucune alliance avec elle ne produira d'effet positif durable pour les classes populaires.

 

La direction du PCF croit pouvoir comprendre et maîtriser cette situation à l'aide d’une agitation mouvementologique. Gagnée par le spontanéisme, cette direction fait semblant de croire que la vérité sort de la bouche des enfants. La dynamique nécessaire est d'une autre nature. Elle repose notamment, selon moi, sur un mouvement de masse ayant conscience de la complémentarité entre nation et mondialisation pour traiter à fond des problèmes. Le clivage entre nation et mondialisation, banal au demeurant, ne constitue pas une liste des problèmes dont les communistes devraient s'emparer, encore moins le traitement proposé. Mais il indique des contraintes à respecter, notamment politiques, en se situant à ces deux niveaux de manière clairement distincte. Soit le problème, par exemple, de la propriété capitaliste, mentionné par La Riposte (02/03/06). Sa solution est indispensable à la construction d'un programme communiste. Ces camarades ont raison. Mais il devrait être explicitement résolu à deux niveaux. Quel impact, par exemple, pour des travailleurs allemands, aurait la nationalisation d'entreprises allemandes en France ? C'est dans la profondeur des convictions sur ces deux plans que prendra consistance l'aptitude à défendre dans la durée démocratie et bien-être, en liaison avec les classes populaires des autres pays.

 

Or le PCF est loin du compte. En septembre 2004, Elisabeth Gauthier, membre du CN, déclarait au forum de Mumbay : « Lorsqu 'on nous propose de centrer la bataille sur la défense des Etats-nations, c'est une vision dangereuse... Elle risque de donner de la place aux droites populistes et extrêmes qui construisent leur discours « antiglobaliste » sur l'idée de la nation renfermée et forteresse égoïste » (L'Humanité, 09/09/04). L'idée principale est énoncée ici sans détour. La lutte nationale serait populiste. Je crois que cette camarade a tort. C'est avec une telle conception que le PCF (et les autres) ont, selon moi, raté la consolidation politique de mai 2005. Au lieu d'analyser ce refus de la constitution européenne comme un sursaut national et de lutter en conséquence, les organisations du «non de gauche » se sont lancées dans le comptage des voix du peuple de gauche, curieuse notion en vérité, abandonnant ainsi le peuple de droite et d'extrême droite à la xénophobie, sans donner d'ailleurs de perspective à la gauche. Pourtant « nation » ne rime pas avec Villiers ou Le Pen, et pas davantage avec « bas du plafond ».

 

Le positionnement national de la lutte des communistes paraît indispensable pour au moins cinq raisons.

1) Une raison pratique. C'est dans le cadre national que sont posés la plupart des problèmes rencontrés par les classes populaires.

2) Une raison de lutte politique courante. La nation, et même l'Etat nation, correspondent à un tout autre contenu que celui défini par l'extrême droite ou le « patriotisme économique ».

3) Une raison d'urgence. Les menaces pesant aujourd'hui sur le fait national sont des menaces sur la démocratie.

4) Une raison historique. La nation sous sa forme moderne actuelle n'a pas été octroyée. Elle a été conquise par le peuple. Lorsqu'elle est mise en échec, c'est à son détriment.

5) Une raison d'avenir. La nation ne s'identifie pas à un seul territoire. C'est avant tout une forme politique, caractérisée par des principes de justice, de laïcité, de solidarité et de démocratie. Au plan européen, ces principes sont généralisables et améliorables.

Récemment, Leïla Cukierman (L'Humanité, 09/03, p.6) exprimait de belles pensées sur l'universel de l'hominisation. Je pense qu'elle a certainement raison. Mais sa réflexion suppose d'être concrétisée à court et moyen terme. L'homme est encore un animal spatial.

 

L'expérience des années 1980 rappelle cependant qu'on ne peut envisager de repli national. Les communistes tentés par ce repli estiment que la mondialisation est capitaliste. Mais entièrement mise en oeuvre par le Capital, elle n'est pas de nature uniquement capitaliste. Elle n'est donc pas réversible grâce aux luttes, avec retour au camp de base national comme au jeu de l'oie. Réclamer la sécession de l'Europe paraît de plus illusoire. C'est dans ce cadre, même s'il est vérolé, que nous sommes obligés de nous battre, avec les armes complémentaires de l'internationalisme prolétarien et de la lutte nationale.

 

La mondialisation ne fait pas disparaître les nations, même si les forces capitalistes œuvrent à leur privatisation. Cela souligne encore plus l'importance du fait national. Susceptible d'évoluer dans ses frontières en raison des forces productives, la nation demeure primordiale et moderne dans son contenu.

Jean-Claude Delaunay, de la revue « Reflexions »

 

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