« Populismes » d’Europe et démocratie

Il était une fois à Paris un journal de la « gauche caviar », affublé d’un beau nom qu’il ne mérite plus : Libération. Ses inventeurs, il y a environ quarante ans, rêvaient de grand soir maoïste, et faisaient la leçon aux militants ouvriers, bien trop modérés à leur goût. depuis l’eau du « marché » a coulé sous les ponts, les dividendes ont rempli leurs goussets et ils sont devenus les paladins haineux de l’ « establishment » occidental avec, pour se donner bonne conscience, de grandes envolées de sépulcres blanchis sur les droits de l’homme et de la femme que l’on viole, la misère des assistés qui fait pitié dans les salons, le racisme des petits blancs incultes du métro : ils ont la compassion facile comme les bourgeoises autrefois aux portes des églises, car nous sommes de gauche, que diable ! et disons pis que pendre de Sarkozy, Hortefeux et leur bande, qui risquent encore d’empêcher l’élection de notre président du FMI, Strauss-Kahn, en 2012.

Mais cette « couleur gauche » n’empêche en rien, bien au contraire, un discours militant, répétitif, obsessionnel, au service de la vieille pensée « libérale », celle des Guizot et Monsieur Thiers du 19ème siècle, des Daladier et Schumann et Pinay, au 20ème, des Fillon et Bayrou aujourd’hui, liberté d’entreprendre et d’exploiter autrui, ce qu’ils nomment « la loi du marché ». Cette religion du capitalisme a son espace international, l’Europe supranationale, acharnée à réaliser les dogmes du profit libéré des entraves, ses grands prêtres comme le franco-allemand Cohn-Bendit, qui fut Dany le Rouge en 68, et le portugo-bruxellois Barroso, qui fut maoïste autrefois. Ce discours est fort élaboré et sait depuis longtemps manipuler les mots et créer des concepts. Ainsi , depuis des mois, les idéologues de Libération, relayés par certains au PS et au Centre, pourfendent-ils quotidiennement un ennemi, le populisme, aussi dangereux selon eux pour notre liberté que la barbe de Ben Laden pour Hortefeux. Dans le numéro copieux des 31 décembre, 1 et 2 janvier 2011, « l’Europe est menacée par les populismes », « mouvements démagogiques contraires aux valeurs européennes » : il s’agit bien, dans ce titre, non du continent et de ses peuples, soumis ces derniers temps à la purge drastique organisée par les spéculateurs, les banques, et les gourous du FMI, mais de l’Union Européenne, institution supranationale dont l’objectif est d’assurer, par la répression s’il le faut, (cf la Grèce), la destruction programmée des conquêtes sociales. Le fait est que la Hongrie, dirigée par l’ultraconservateur Viktor Orban, est en janvier à la présidence de l’UE, et cela n’a rien que de lamentable. Mais dire que cette accession au pouvoir dans l’Union est « contraire aux valeurs européennes » ne manque pas de culot . Quelles politiques, sinon celles préconisées par l’Europe supranationale, a amené un succès électoral de l’extrême droite partout, en Italie et en Autriche, en Hongrie et aux Pays-Bas, en Belgique et en Suède, en Pays Baltes et en France bientôt ?

Il faut analyser les pages de ce numéro du quotidien de la « gauche libérale » française pour jauger la perversité d’un discours manipulé. Cet ennemi mortel, selon Libé, le populisme, en quoi consiste-t-il ? Comment définir ce concept fourre-tout qui n’a rien d’une définition scientifique ? Libé le définit par trois singularités : « une dénonciation de l’étranger, la méfiance envers l’état de droit », qui, jusqu’ici, étaient plutôt attribuées à l’extrême-droite, xénophobe et autoritaire depuis le fascisme de 1920. Avec une ambiguité toutefois, car la définition telle que formulée par F.Sergent condamne aussi ceux qui refusent les délocalisations inhérentes à l’ouverture des marchés, et la protection par les états nationaux des productions et des emplois (« le protectionnisme » est assimilé au racisme). Mais le plus effarant de ce triptyque « populiste » est la troisième partie de la définition selon Libé : « le mépris des élites ». L’idéologue Jacques Julliard enfonce le clou en assénant : « le populisme est un raisonnement simpliste parce qu’il considère que le peuple est unique et qu’il a toujours raison. ».

Nous, naïfs engoncés dans nos définitions inventées par les Grecs d’il y a 2500 ans, réaffirmées par toutes les révolutions contemporaines, pensions que le régime politique dans lequel le souverain est le peuple, et lui seul, se nomme la démocratie, et que celui dans lequel les « élites » autoproclamées déciden