Après les territoriales en Corse, premières réflexions sur l’échec de la stratégie du PC : "des élus à tout prix" !

Pour commencer à comprendre les causes de la disparition du PC en Corse en tant qu’outil de lutte de classe, il convient d’avoir un premier regard sur son parcours.

Avant la guerre, il regroupait une poignée de membres (plus ou moins 300, comme aujourd’hui d’ailleurs). Pendant la guerre, leader incontesté de la résistance, il s’est forgé une solide aura et un potentiel non négligeable d’influence, dans le rapport de force face aux clans.

Dans une région à forte implantation tertiaire et dans une moindre mesure agricole, conduire la lutte de classe exige pour les communistes, d’être dans l’analyse marxiste permanente, au plus près de l’évolution des mondes dans lesquels ils s’inscrivent avec leurs outils de lutte. Une des conditions permettant d’assoir une stratégie révolutionnaire, passe en Corse, par la prise en compte de ses spécificités : géographique, historique, culturelle…

C’est exactement ce que le PC n’a pas fait, laissant le champ libre à une bourgeoisie locale, qui, après un temps d’hésitation, s’est drapée dans les plis du drapeau identitaire, dans le sens le plus réactionnaire, pour aujourd’hui, être en situation hégémonique. La coupure entre le PC et les couches populaires, la confiscation de la pratique démocratique par l’appareil de sommet peut s’illustrer par l’exemple suivant : à Ajaccio, dans les années 80/90, le PC était fortement implanté dans un secteur très populaire, plus de 150 adhérents, des militants issus de la classe ouvrière, avec la lutte de classe comme boussole de l’ activité politique .

Mais, une direction fédérale embourbée dans le réformisme, l’électoralisme, les pratiques de sommet y a vu le risque que ses orientations sociales démocrates, soient mises en minorité. Elle a tout fait pour saborder ce bastion à forte connotation ouvrière, ou se développait un militantisme populaire de lutte et y a réussi.

Le choix par le PC de la voie réformiste et son corolaire, l’électoralisme à tout prix, sont les causes premières de son effacement aujourd’hui. L’absence totale de toute référence à l’analyse marxiste l’a conduit à :

- Ne plus promouvoir la lutte de classe

- Être dans le suivisme des directions nationales et être frappé de cécité sur les évolutions de la société Corse. Incapable de prendre en compte les aspirations objectives des spécificités Corses, et leurs reconnaissances, notamment dans la jeunesse.

Il a accéléré cette tendance, par un fonctionnement de mandarinat, avec des rentes de situation pour quelques élus, quasiment désignés à vie, fermant par voie de conséquence toute montée de cadres nouveaux. Il s’est commis dans des alliances avec les sociaux libéraux du PRG, jusqu’à participer à une majorité qui a donné les transports au grand patronat de Corse.

Il a nié et nie toujours, soit par omission, soit ouvertement, le principe international intangible du droit des peuples à leur auto détermination. Il est contraint aujourd’hui d’aller tirer la manche du petit groupe « Manca alternativa », qui navigue à vue entre FI et Ensemble. Cette petite mouvance représente une fraction de la bourgeoisie locale (tendance humaniste) en mal de représentativité dans le sérail politique local.

PC et CI (FI) se réclament de « l’anti libéralisme » (stade avancé du capitalisme), ils ne remettent pas en cause le système, ils ne l’aménagent même pas, ils s’y fondent pour essayer d’y exister, l’anti libéralisme affiché n’est qu’une simple posture pour ratisser large. L’attelage PC/CI(FI), ne s’est pas constitué sur les bases d’un programme anti capitaliste décliné à la région Corse. Les tractations ont duré des semaines et n’ont porté que sur la composition de la liste, chacun essayant de placer ses pions aux mieux de ses intérêts de boutique.

Un coup d’œil sur le programme, concocté à la va vite entre quelques initiés, suffit à comprendre qu’il ne s’agit que d’une litanie où les bonnes intentions affichées se heurtent à leur faisabilité en l’absence de toutes propositions de financements.

Ce n’est même pas un programme réformiste, mais plutôt une annonce publicitaire pour attirer le chaland.

Pour le PC, les luttes de classes, la bataille des idées pour faire monter les consciences, sont jugées contre -performantes dans la course aux élus, elles ne font plus partie du travail militant et sont mises sous le boisseau. Pour la première fois, des militants (minoritaires) ont affiché leur désaccord quant à cette alliance qui tourne le dos à la reconstruction d’un outil de lutte de classe. Parmi eux, d’aucun ont ouvertement fait campagne pour l’abstention. Pour l’avoir menée, j’ai pu rencontrer, surtout dans le monde du travail, des femmes et des hommes désabusés, annonçant pour les uns un vote par défaut, pour d’autres le refuge du vote blanc ou l’abstention, voir pour certains, un vote pour les droites dites « nationalistes ».

Le résultat a dépassé les prévisions, avec un peu plus de 5%, les deux organisations, PC et CI (FI), ont juste atteint le score du seul PC aux avant dernières territoriales (environs 5,5%).

Aujourd’hui, aucune remise en cause n’est attendue au PC. Les pitoyables interventions de Mélenchon sont utilisées pour expliquer la déroute. On peut donc s’attendre à une nouvelle fuite en avant, un élargissement du conglomérat réformiste PC /CI (FI), vers les sociaux libéraux, émiettés entre PRG, PS, « gauche autonomiste »…

Si l’histoire a parfois des accélérations surprenantes, ce n’est pas, hélas, le scénario le plus prévisible.

Alain Bénielli – Association Nationale des Communistes.

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