Un Président hyperactif

Personne ne pourra faire reproche à Macron de ne pas s'agiter, surtout pas les idéologues du CAC40 qui l'ont choisi, fait élire, pour réaliser les objectifs du Capital. Comme Trump aux USA, avec plus de finesse, il ne rate pas une occasion d'être aux écrans télévisés, et d'y flatter une opinion aseptisée : un jour pleurant les victimes juives et musulmanes d'attentats terroristes, le lendemain encensant la mémoire de Johnny Hallyday ou de France Gall, tout est bon pour faire oublier la voltige des prix ou les licenciements plus faciles. Et dans cette course médiatisée, moins saccadée que celle de son modèle Sarkozy et plus efficace que les maladresses Hollandaises, la politique extérieure joue un grand rôle. Après l'Afrique parcourue de Ouagadougou à Alger, après le Moyen-Orient et les potentats pétroliers, c'est la Chine « lointaine et mystérieuse » qui donne l'occasion à notre Président de se poser en grand guérisseur des maux de notre monde, au nom d’un Occident mal représenté par une Merkel aux allures de Bobonne empêtrée dans ses oppositions, et d’un Trump décidément imprévisible et irrationnel. Et pour couronner le tout, il a réuni avant le rassemblement des « décideurs mondiaux » à Davos, le gratin du patronat international en conclave au château de Versailles, pour leur vendre la force de travail des salariés français : un nouveau Roi Soleil, clamant a Messieurs Toyota, Google et autres Amazon : « Venez vous enrichir en France, mon État et mes sujets sont à vos pieds ! »

Macron joue les jeunes premiers de la scène internationale, et caresse dans le sens du poil le nationalisme persistant de beaucoup de Français, qui n’ont pas encore compris que notre pays n’est plus une grande puissance, mais le serviteur zélé de l’impérialisme occidental, dont les centres névralgiques sont à Washington et à Berlin. Macron lui-même en apporte ingénument la preuve, quand il ne s'exprime plus que dans la langue de l'Empire, cet anglo-américain tel qu’on le pratique à Wall Street...

Car cette frénésie médiatique relève en grande partie de l'esbroufe, de la construction d'une image fabriquée pour le public hexagonal : la réalité est plus prosaïque, et plus discutable surtout.

Plus prosaïque, car Macron, comme ses prédécesseurs, est, lors de ses déplacements officiels, le voyageur de commerce d'une industrie hexagonale en perte de marchés. Il est accompagné d'une cohorte de patrons, et quémande pour s'en vanter à la télévision les contrats arrachés à Riyad ou Beijing, et les créations d'entreprises dans l'hexagone par les milliardaires nippons ou californiens. Passe encore quand il s’agit de commandes civiles comme celles concernant le traitement des déchets nucléaires promis à Areva. Ou les Airbus commandés par les Chinois : cela peut apporter quelques emplois en France ( et des profits substantiels aux actionnaires )...Ces marchandages sont plus pernicieux quand ils aboutissent à la vente d'armes sophistiquées à des gouvernement bellicistes et intégristes : Ainsi les Rafale qui permettent aux envahisseurs d'Arabie Saoudite d'écraser les enfants du Yémen sous les bombes. Et quand ils envisagent de livrer des pans entiers de ce qui est produit en France aux géants comme Google qui n’y paient pas d'impôts...

Plus discutables aussi, car les discours lénifiants sur les Droits de l'Homme dont la France serait dépositaire cachent mal l’alliance réelle avec les dirigeants israéliens, colonisateurs racistes, avec les dirigeants d'extrême droite d’Ukraine contre la Russie, avec les ennemis intégristes de l’Etat national de Syrie, avec les monarques pétroliers-intégristes d'Arabie Saoudite contre l'Iran, et la persistance des interventions militaires françaises au Sahel. Autrement dit, au-delà des mots grandiloquents et « humanistes », la poursuite de la politique impérialiste française menée par les Présidents précédents, Sarkozy et Hollande. Avec quelques dimensions aggravantes, comme la volonté affichée d’accroître la présence militaire occidentale en Afrique, en obtenant un financement supplémentaire des « Européens » et de l’Allemagne, ce qui encore plus nourrira l’intégrisme au Sahel. Et quelques contradictions, quand par exemple Macron prône une issue politique en Syrie par la négociation, mais exige au préalable l’éviction de Bachar El Assad ? Comme si c’était à la France d’en décider à la place des citoyens syriens !

Cela ne nous empêche pas de nous réjouir, sans illusions sur lui, quand notre monarque médiatique est contraint par l'évolution de la situation d’être un peu moins péremptoire que ses prédécesseurs : l'échec du plan OCCIDENTAL de destruction de l'état national Syrien après ceux d’Irak et de Libye a échoué, les réfugiés syriens au Liban commencent à retourner chez eux, en Syrie contrôlée par le gouvernement légitime.

Même si ce pays est largement détruit, amputé de millions d’hommes, et encore occupé en partie par des groupes armés au service de puissances étrangères, même si divers protagonistes comme la Turquie, membre de l'OTAN, n’ont pas abandonné leurs rêves de conquêtes territoriales, cette défaite de l'impérialisme occidental au Moyen-Orient n'est pas rien. Comme ne peut être sous-estimé le recul du fou de guerre qu'est Trump : il a dû remballer ses menaces d'extermination contre la Corée du Nord, le temps des négociations entre Seoul et Pyong Yang est venu, et c'est tant mieux pour le peuple Coréen...

Francis Arzalier

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